
La Grèce est réputée être le berceau antique de la culture Méditerranéenne étendue. Nous y trouvons des temples, des habitats, des palais, des sculptures, des écrits et des sagas estampillés, un peu partout dans la très vaste zone bleue.
La liste des lettres Grecques est célèbre.
Pourtant, elle est une sorte de moyenne entre les très nombreuses graphies et arrangements qui avaient cours dans le monde Hellénique entre – 1 200 et – 400. L’unification de l’écriture fut une décision politique autant que pratique et le point de départ de l’extension d’une influence fulgurante sur les sciences et la culture en général.
La Lettre Prise Au Mot.
Cela peut paraître bizarre pour certaines oreilles contemporaines, car lorsque l’on épelle les alphabets anciens, tels que le Phénicien, l’Araméen et ses dérivés, ou bien sûr le Grec, on ne sonorise pas la lettre, mais le nom qu’elle porte.
Pourquoi leur donner un nom ? C’est un peu contre-intuitif. C’est un signe à écrire, pas à parler. Un nom c’est long alors qu’une une lettre est un son court.
Le plus saisissant est que certains noms anciens comportent plusieurs syllabes, comme s’ils définissaient des objets, événements, animaux ou personnages.
C’est l’une des choses les plus captivantes qui soit dans la verbalisation des lettres, car elle nous indique aussi que chacune est porteuse d’une symbolisation. Pour les langues déclinées du latin, cette tradition s’est un peu perdue sauf pour le Y, I Grec (!) ou Yee, et le W double V.
Nous pouvons identifier aisément ceux qui ont abandonné cette approche : les Romains. Gens pragmatiques et mélomanes, ils ont pensé qu’ils n’avaient pas de raisons objectives de conserver une vieille pratique Grecque et se sont contenté d’associer une graphie avec un son.
L’Ionique devient l’unique
Les villes Grecques étaient réputées pour leur sens de la concurrence et leurs diplomates pour leur goût immodéré de l’embrouille. Ce n’est qu’à partir de – 400 avant l’an zéro de notre ère que les Grecs se décident à unifier leurs alphabets, la version leur paraissant la plus élégante, Ionique, se substitue à la foultitude de pratiques des nombreuses régions et villes. L’alphabet Grec exista en de nombreuses versions, dont les deux les plus utilisées dans le passé nous intéressent pour retrouver les origines de tout : le moderne, que les matheux connaissent par cœur et l’archaïque que les lettrés se doivent de connaître aussi.
Des noms passés dans l’histoire
L’unification de l’écriture fut une décision politique autant que pratique et le point de départ de l’extension d’une influence fulgurante sur les sciences et la culture en général. Tout n’est pas parfaitement intelligible pour autant lorsque l’on compare les deux versions, certaines lettres sont différentes dans leurs aspects et leurs orientations, ce qui brouille la limpidité de leur parenté.

Le gamma pivote d’un quart de tour, le Lambda s’inverse, ce qui le fait ressembler au Gamma précédent, Le Digamma disparait alors que d’autres arrivent Dzéta, Khi, Psi, ce qui donne un alphabet à 23 caractères (comme le Latin version 2 qui adopte aussi le Z). La plupart des lettres modifiées le sont toutefois pour en faciliter la lecture, Epsilon Héta, Iota, Pi par exemple. Mais les graphies de certaines sont réutilisées avec d’autres noms, Pi devient Gamma, Phi, Psi.
Tout cela donne un jeu de piste assez complexe à suivre, sans doute un volonté de se distancier des encombrants Romains.
Plus troublant, le sens d’écriture Grecque pouvait aller de gauche à droite, ou de droite à gauche, suivant les périodes, les lieux, l’origine de la rédaction, la main directrice, l’orientation au soleil ou l’inspiration. Nous avons affaire à un peuple de, très grands, poètes.
La verbalisation des lettres Grecques dévoile leur symbolisation. De nombreuses expressions courantes les utilisent dans la plupart des langages comme des références de sens. Un Alpha est le premier du troupeau. L’Oméga est l’aboutissement ou une fin. C’est aussi une forme permettant de consolider une structure.
Le Bêta sert à désigner ce qui est bientôt abouti et nécessite sans doute une bonne série de test. Valoir un Iota n’est pas grand-chose en dimensions, mais un espoir si l’on est près de réussir.
alors qu’être le Sigma démontre que l’on a cumulé, c’est aussi le premier symbole de Zeus. Si un individu est Lambda, ce n’est pas vraiment élogieux.
Un Delta est l’expression d’une différence et sa forme en triangle se retrouve en géographie et en aéronautique…
Toutefois, il faut se méfier des anachronismes, car pour les Grecs contemporains de l’unification alphabétique, leurs lettres n’avaient comme valeurs que celles de la praticité de pouvoir se comprendre. Les symboliques que nous leur associons aujourd’hui se sont imposés au fil du temps. L’expression célèbre qualifiant l’Alpha et l’Oméga soit la première et la dernière lettre de l’alphabet fut utilisée pas loin d’un demi millénaire après la normalisation.
Les interactions avec les autres alphabets

Aux vingt lettres que nous connaissons dans l’alphabet Latin, la comparaison se fait avec les lettres du Grec archaïque.
Cette superposition des deux écritures souvent présentées comme mère et fille, nous fait pourtant douter d’une si étroite parenté.
Nous constatons de très grandes différences : huit lettres seulement sont identiques : A B K M N Q T V.
Les couples E et E, F et F, H et H, I et I sont assez proches pour être compréhensibles, mais il existe aussi des appairages plus surprenants. Ainsi le P latin qui est le Pi en grec, est assez célèbre. Le R latin aussi car il se trouve être le P Grec, ce qui crée une source captivante de confusion.
Bien sûr, cela n’est pas catastrophique en seconde lecture, parce que les Grecs ont réformé leur écriture. Ce sont-ils faits alors un malin plaisir à se distancier des Romains, ces grands ambitieux ?
Le Grec présente des surprises ? Ce n’est pas si grave. Remontons le temps de quelques centaines d’années. Puisque nous savons que le Latin archaïque est plus ancien que le Grec classique, tentons un rapprochement avec le Phénicien.

Les ressemblances sont éclatantes, les différences signe par signe ne se manifestant qu’aux points de détails, des rotations et quelques courbes redressées.
Et la vérité nous apparait : la filiation est si limpide qu’elle explique à elle seule à quel point les Grecs archaïques furent dans tous les domaines, redevables aux Phéniciens. Au point d’en effacer soigneusement les traces ?
La formation des caractères

La normalisation de l’alphabet s’est manifestement accompagné d’une très grande analyse des critères de production des écrits, avec le soucis patent d’apporter la meilleur lisibilité, peut-être parce que les pères de la philosophie, du théâtre et de la géométrie ont découvert la myopie ?
Le Grec Ionique se compose avec une grand sobriété de traits et de courbes, moins de dix éléments et prend soin de limiter les confusions. L’Epsilon et de Digamma, qui sont de même conformation, mais inversées sur leur axe vertical sont directement hérités du Phénicien. Par contre, les Mu, Nu, Lambda et Sigma bénéficient d’un traitement facilitant leur lecture.

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