Du majestueux au trivial

Pour l’Égypte des premières grandes dynasties à la structure gouvernementale s’ajoute celle du religieux, il est nécessaire de transmettre les ordres et les lois, de contrôler les taxes, de commander des bateaux de céréales ou de granit.
L’écriture revêt une importance nouvelle. Elle est l’outil de l’accroissement de la production, voire de l’efficacité administrative. Le Hiéroglyphique majestueux des temples est un bel organe de propagande, il semble pourtant, ce qui est regrettable, qu’il ne convienne pas aux besoins triviaux de la comptabilité et de la diffusion de décrets.
La fiscalité ne s’immortalise pas systématiquement sur les murs. Il est nécessaire de la conserver autrement, en utilisant des supports aussi légers que les taxes sont lourdes.
Ce qui implique une première étape de simplification qui fera passer l’écrit du dessin soigné au symbolique explicite. Le résultat reste lisible par les scribes et le devient pour un grand nombre de nouveaux lecteurs : administrateurs, guerriers, commerçants, prêtres secondaires, chefs de chantiers, serviteurs méritants.

Des artistes aux besogneux

  1. Du majestueux au trivial
  2. Des artistes aux besogneux
  3. Extension du domaine de l’écrit.
  4. Ecrire plus veut dire plus de lecteurs !
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Plus de lecteurs, cela impose un surcroît de production que l’on satisfait en passant du codage en dur à une syntaxe douce, qui sera inscrite sur les murs, les tablettes et les papyrus.
Cela ne s’est pas fait sans heurter certaines sensibilités.
Le détournement des artisans de pointes et de burins, ces experts funéraires qui gravent la pierre ou enluminent les murs des temples, tombeaux et sarcophages, est contre-indiqué si l’objectif est de dupliquer les cours d’histoires, remplir les listes des courses, des entrepôts militaires ou des rôles d’imposition.

Le changement que nous supposons aurait eu lieu pendant l’une des premières périodes dites « intermédiaire », un moment long de réunification visant à se relever d’un précédent déclin. Assis sur leurs positions, il s’est trouvé des scribes chenus, qui bien que nettement moins âgés que leur culture écrite, se seraient montrés peu enclins à la simplification, redoutant d’être relégués au rang de simples copistes, des scribouillards en somme.

Extension du domaine de l’écrit.

Entre – 2 300 et – 1700, après l’apogée des grandes pyramides de Guizèh, l’économie Égyptienne a subi un long affaiblissement. Il n’est plus alors question de continuer à faire dans le grandiose et le pouvoir s’étiole au point que des « étrangers » finiront par s’emparer de la Basse-Egypte tandis que la Haute Egypte deviendra une terre d’affrontements entre factions rivales.
Pendant les temps troublés il reste des tombes, plus modestes, à creuser et à décorer avec les instructions à suivre pour franchir les épreuves post-mortem.
L’écriture hiéroglyphique reste la pratique sacrée, réservée aux occasions religieuses, sous terriennes, car la mort reste un investissement à long terme même au cours de périodes étiques.
Au fil des troubles, un chef se montre plus fort que les autres, des forces vives s’unissent, les batailles distinguent des tendances et une famille légitime se révèle et se revendique de Rà et de Horus.
Survient alors la question que tout gouvernement nouveau doit se poser : comment améliorer les choses pour éviter un nouveau déclin ?

L’Égypte a toujours tenté d’être un état centralisé et promotionnel. Un Pharaon, ou sa mère, réfléchit de façon pragmatique et personnelle : »en donnant aux castes moyennes l’écriture, vais-je conforter ma survie dans l’au-delà ? ».
Cela mérite examen.
La réponse est oui ! Dans le contexte d’un pays qui se redresse, un grand nombre de professions intermédiaires trouveraient injuste qu’un outil pratique et durable reste l’exclusivité des confréries de hauts rangs, alors que le moyen peuple est disposé à en profiter.

  1. Du majestueux au trivial
  2. Des artistes aux besogneux
  3. Extension du domaine de l’écrit.
  4. Ecrire plus veut dire plus de lecteurs !
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Ecrire plus veut dire plus de lecteurs !

Premier argument favorable : la culture cela ne se refuse pas. Cela occupe les gens quand ils ne sont pas aux champs ou sur les chantiers. Il est important qu’une partie utile de la population sache lire, surtout ce qui glorifie Pharaon.
Le second argument favorable est de notoriété publique : Pharaon veut que son peuple l’apprécie . Il n’a pas envie que son tombeau soit pillé et son nom martelé.
Il recourt probablement à la tactique immémoriale des dirigeants d’Égypte : favoriser l’accès aux responsabilités à un nombre de méritants issus du vulgaire.
Des expériences fâcheuses ont démontré que les enfants de l’aristocratie se sentant moins redevables envers leurs souverains ou brusquement agités d’ambitions désinhibées, n’étaient pas faciles à gérer.
Pharaon observe aussi que parmi les peuples qui se sont rapprochés de l’Égypte pour fuir leurs pays en raison de guerres, du fait de famines ou par sens du commerce, certains ont les bonnes qualités pour faire honneur au grand pays.
Ralliés ou asservis, peu importe. Il faut les éduquer, favoriser leur intégration, en faire des Égyptiens fixes, utiles, serviables et reconnaissants. Puisque l’écriture devient le support de l’action politique, il est indispensable de la partager et de la rendre accessible. Les « Hiéro 3 » sont nés !

Prosaïquement, cette écriture nous est connue comme le linéaire simplifié, apparemment parce qu’elle se trace avec des lignes.

Ce mode un peu négligé est jugé assez correct pour les échelons subalternes. Les scribes l’utilisaient lorsqu’ils étaient pressés et se contentaient d’un travail sommaire.
La délégation du savoir, depuis les grands détenteurs vers la multitude des petits utilisateurs devient facile. L’écriture bâclée des premiers devient l’expression normalisée des seconds.

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  3. Extension du domaine de l’écrit.
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