Écrire en dessinant ? Rien de plus facile !

L’écriture Hiéroglyphique est, pour une bonne part, la constitution d’un message sous la forme de rébus, des successions de graphismes expriment les objets, les personnes, les animaux, la flore, les situations.
Les traits, les formes, les dessins ne sont que rarement les choses représentées mais leurs prononciations. Celles-ci sont conditionnées par des signes de ponctuation.
En dessinant, il est possible de mélanger les graphismes explicites et non explicites, tels que des représentations de divinités avec des signes triviaux, indicatifs de sens.

Ainsi, si l’on fait figurer une image d’oiseau, un faucon, l’emblème de Rà, cela peut vouloir dire beaucoup de choses.
Faucon, écrire, romance, groupe, cornemuse.

Cela se lit de gauche à droite car le faucon regarde vers la droite. A priori, c’est facile à comprendre : un producteur veut travailler sur une chanson d’amour avec son parolier, tout en lui précisant habilement que les interprètes sont des guitaristes. Ici, les syllabes de « faucon » sont utilisées pour leurs sonorités et non leurs sens graphiques, il faut les entendre pour comprendre, ce qui est assez facile.
Et pour la cornemuse ? Est-elle présente parce que les guitaristes sont de Glasgow ?

Là où cela se complique.

On lira dans ce cas : Faut qu’on écrive de l’amour pour le trio des chanteurs Écossais. Toutefois, la cornemuse peut aussi être là pour ses sonorités. Il convient de remplacer Écossais par la performance vocale du trio
On comprend : Faut qu’on écrive une chanson d’amour pour les guitaristes qui couinent. L’auteur du message considère qu’ils chantent trop haut.
Comme si cela ne suffisait pas, une autre interprétation se propose, celle qui implique la nature de la cornemuse, dans laquelle on souffle afin de la presser pour en faire sortir l’air.
Le sens est alors quelque peu différent : Faut qu’on écrive une chanson d’amour pour ce trio qui me gonfle et me pressure.
Le rédacteur exprime son agacement envers ses musiciens, très insistants et dont le montant du cachet lui semble exagéré. Ce qui induit que c’est bien un producteur qui écrit.
On ne peut pas exclure que les trois sens se superposent, les musiciens sont Écossais, près de leurs sous, avides de nouveaux succès et chantent dans les aiguës.

  1. Écrire en dessinant ? Rien de plus facile !
  2. Là où cela se complique.
  3. Le recours aux noms d’oiseaux.
  4. Et comme si cela n’était pas assez déroutant.
  5. Le Récit des Écritures.
  6. L’invention de la normalisation.
  7. Faire somptueux, pas somptuaire !
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Le recours aux noms d’oiseaux.

L’interprétation des hiéroglyphes n’est pas toujours facile. Aussi, il est important d’ajouter des indicateurs de compréhension.
Dès que l’on ponctue le faucon avec un canard, nous savons qu’il s’agit d’un nom d’oiseau.
Ce second message se lit de droite à gauche : bouleau, faucon sur canard, épouvantail, mésanges sur canard.

Le message signifie que le boulot du faucon, on comprend que l’oiseau est évoqué grâce à la ponctuation palmipède, est de faire peur aux indésirables, lesquels sont des oiseaux, ce que l’on déchiffre de nouveau grâce au volatile à col-vert.

Merci doublement au canard qui, au passage, survit au faucon.
Nous percevons pourquoi le hiéroglyphique est resté longtemps incompris. Sa logique est intelligible certes, à la condition expresse de souscrire à son côté élastique.
L’immense avantage de cette approche graphique est qu’elle garantit à celles et ceux qui la pratiquent une paix royale sur leur choix, mais non sur leur orthographe.
À tel point que règne, sur quelques milliers d’années, ce qui nous semble être la fantaisie la plus grande. Les signes se lisent de droite à gauche, ou de gauche à droite, les lignes verticalement ou horizontalement, en fonction de la place disponible pour compléter une phrase.
Toutes les configurations se rencontrent au fil des quatre mille ans d’usage de l’écriture documentée et tourmentée de l’Égypte.

Et comme si cela n’était pas assez déroutant.

Durant sa longue histoire, tour à tour État en formation, pays constitué, Empire agressif ou territoire conquis, l’Égypte a connu guerres, invasions et occupations, par des peuples et des dirigeants qui n’étaient pas tous d’origine Nil contrôlée.
Au fil des besoins politiques, les déclarations que l’on croyait définitives, les patronymes de dirigeants, les hauts faits, les orientations religieuses, dévotions et filiations, furent retouchés, modifiés, expurgés ou effacés.
Imaginons, un instant, une époque technologique qui se verrait submergée de photos arrangées, de registres amendés, de citations hors contexte et de messages tronqués. Il serait difficile, quelques siècles plus tard de démêler le clairement faux du volontairement mensonger !

  1. Écrire en dessinant ? Rien de plus facile !
  2. Là où cela se complique.
  3. Le recours aux noms d’oiseaux.
  4. Et comme si cela n’était pas assez déroutant.
  5. Le Récit des Écritures.
  6. L’invention de la normalisation.
  7. Faire somptueux, pas somptuaire !
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Le Récit des Écritures.

L’écriture Égyptienne, que l’on se doit d’aborder avec prudence, se connaît sous trois formes : graphiquement complète, simplifiée et ébauchée. Elles sont classifiées en hiéroglyphique originel, linéaire puis démotique. Sur les sites les plus fréquentés, elles se superposent.
Le démotique qui nait vers -700, soit bien après la période qui nous intéresse, est le troisième niveau d’écriture hiéroglyphique et sa seconde simplification.
Ce qui nous concerne directement est le hiéroglyphique qui exprime des détails ainsi que le linéaire qui se contente d’une silhouette. En fonction du projet, du support utilisé et de la population qui le lira, un même message pourra être complètement différent dans son exécution, surtout si la vitesse de production prévaut sur l’esthétique. Le sens restera le même et le rendu pourra être complété par la suite.

Si l’on veut exprimer tout l’amour que l’on porte à la déesse Bastet, nous disposerons de quatre variantes pour ce faire, depuis le dessin explicite jusqu’au contour de l’un des éléments remarquables de son anatomie.

La première et la plus détaillée est monumentale. Nous trouvons ses traces dès les premiers âges de la culture Égyptienne, soit – 4 000 ans avant notre ère, elle devient en un millénaire à peine (!) de plus en plus explicite.
Elle subjugue par sa beauté, la richesse de ses traits et couleurs lorsqu’elle illumine les tréfonds obscurs des temples et des tombeaux, ou que l’on parvient à la reconstituer sur les statutaires imposants.
Elle est réservée aux occasions importantes, de celles qui s’inscrivent pour l’immortalité, le temps durable. Cette écriture originelle est le travail gravé ou peint des grands sites et des événements marquants, publics ou privés.

  1. Écrire en dessinant ? Rien de plus facile !
  2. Là où cela se complique.
  3. Le recours aux noms d’oiseaux.
  4. Et comme si cela n’était pas assez déroutant.
  5. Le Récit des Écritures.
  6. L’invention de la normalisation.
  7. Faire somptueux, pas somptuaire !
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L’invention de la normalisation.

Les formats et les inscriptions sont normalisés, car chaque présentation tutélaire se doit d’être compréhensible « pour toute éternité ».
Cette graphie soignée était enseignée de façon à être scrupuleusement respectée. Elle était constante et ne souffrait que l’exactitude, ce qui explique pourquoi elle accompagne et commente les représentations des personnages divins créateurs ou ceux qui ne sont que modestement pharaoniques.
La figuration des personnages et de leurs attitudes forme en elle-même une écriture, ce qui implique que la plupart des images et sculptures se ressemblent.

En juxtaposant les grandes déesses, Neith, Séshat, Mâat, Isis et Nephtys nous trouvons comme illustrations monumentales peintes, une base commune et des physionomies semblables.

Les différences s’observent principalement par les symboles présents sur leurs têtes.
Outre leurs trônes, dont les mises en couleurs sont personnalisées, elles tiennent un sceptre signifiant leur royauté ainsi que la croix de vie Ankh soulignant leur nature divine.
En mettant au point cette version explicite du hiéroglyphique, les premiers illustrateurs se sont employés à bien identifier leurs déités, afin d’éviter d’offenser celles et ceux qui les inspirent, dont on sait qu’elles jugent, qu’elles sont peut-être susceptibles et qu’elles savent lire.

Faire somptueux, pas somptuaire !

La seconde raison d’importance pratique et non mystique est qu’en calibrant l’écriture, ici en utilisant des formes communes, on abaisse le prix de revient.
Le chef scribe confie les fonds de dessins à des apprentis et laisse aux plus savants le soin de fignoler le message. Il devient possible de décorer un monument presque dans les délais prévus.
L’adaptabilité était une qualité appréciée pour l’attribution des chantiers car un planning annoncé pouvait se voir comprimé par le passage impromptu du donneur d’ordre vers l’au-delà.
En payant un scribe maître et quelques tâcherons au lieu d’une cohorte d’intellectuels coûteux, le client, même cossu comme un Pharaon, préservait ses sous.

Les premières dynasties connaissent une forte croissance de leur influence politique qui s’accompagne de celle de leur administration, indispensable pour gérer un pays qui s’étend au fil des conquêtes le long du Nil et un peu vers l’Est.
Faire dans le grandiose et l’éternel est un impératif mystique, mais c’est lent et cher.
Faire dans le pratique et le souple devient un impératif économique.

  1. Écrire en dessinant ? Rien de plus facile !
  2. Là où cela se complique.
  3. Le recours aux noms d’oiseaux.
  4. Et comme si cela n’était pas assez déroutant.
  5. Le Récit des Écritures.
  6. L’invention de la normalisation.
  7. Faire somptueux, pas somptuaire !
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