Avant le commencement des temps

Avant rien, il y avait plein de choses et en particulier des déesses et dieux aux fortes dotations, dont l’émergence n’est pas explicitée.
Elles et ils ne font pas partie de la Grande Ennéade, ils la précèdent et sont si importants que les Égyptiens leur ont attribué la perception suprême de ce qui les environne et les motive.
Ce sont les points intangibles de fixation de l’environnement intellectuel de toutes les croyances depuis six mille ans. Cela devient fascinant lorsque l’on s’aperçoit que ces repères philosophiques dotés de symboliques claires, sont six.
- Avant le commencement des temps
- Hêh, soutien de l’Univers
- Montou, furtif mais concret
- Neith, la mer de la parole.
- Thôt, Réfléchir, Penser, Conceptualiser.
- Séshat, Donne sa Main.
- Maàt la somme de toutes les consciences.
- Sur le même Thème
Hêh, soutien de l’Univers

Si certaines divinités semblent directement issues de l’univers, qui serait alors conscient, Hêh est placé à un niveau d’abstraction bien plus élevé car il est le soutien de l’univers !
Il est associé à la jubilation qu’éprouvent celles et ceux qui prennent conscience des dimensions de l’infini, ce qui explique que son symbole évoque la joie.
Le hiéroglyphique révèle l’existence d’une assise, une position sacrée, ainsi que la présence d’extensions au bout de ses bras, se terminant par des soleils.
La simplification via le linéaire aboutit à un signe présentant le haut d’un corps avec les bras pliés vers le haut.
Le passage du Proto-Cananéen au Phénicien n’est pas d’une grande simplicité. De l’ébauche de silhouette explicite, nous passons à une évocation en trois traits principaux, pivotés vers la gauche et la tête disparaît.
Ce symbole est associé avec un battant, soit le tronçon bas d’une porte ou d’un ventail, une notion éloignée de celle de soutien de l’univers.
C’est ainsi en partie par le dessin et beaucoup par la symbolique que nous pouvons associer le E avec Heh, grâce à l’Araméen qui appelle sa lettre de la même façon et précise qu’elle signifie la louange ce qui est proche de l’idée d’adoration ou de jubilation.
C’est ici l’idée qui marque la filiation, longtemps après la perte de vue du dessin original. Ne comportant que des traits, le He E Phénicien est aussi plus rapide à écrire.
Pour les écritures issues du Phénicien, la représentation change peu : trois traits reliés par un côté pour former l’Epsilon des Grecs, et des formes proches en Etrusque E, une inversion en latin Archaïque finira par nous donner le E classique.

Montou, furtif mais concret

Le serpent est un symbole de renouveau et de rajeunissement, lorsqu’il mue. Comme Montou pond un univers, la perspective que celui-ci soit un parmi plusieurs est à considérer. Dans ce cas Montou, que l’on invoque lorsqu’un mystère est sans réponse, est bien à l’origine de la notion de multivers.C’est le signe le plus facile à suivre car il ondule dans l’histoire sans jamais se perdre.
Il est simple de retrouver ses graphies puisqu’elles ornent abondamment les murs des temples et agrémentent de leur présence de nombreux papyrus. Le symbole reste identique depuis le Hiéroglyphique des monuments jusqu’au linéaire simplifié. Le Proto-Cananéen le reprend tel quel et le transmettra au Phénicien un peu épuré, tout en conservant la forme générale.
Ils nous ont aimablement indiqué que leur Nun était la représentation d’un serpent, ce qui reste vrai chez les Araméens, le dessin étant un peu plus oblique et les Nabatéens qui l’aplatissent n, comme si le serpent était suspendu par la tête. La graphie n’évolue plus ensuite, ni le nom de la lettre, Nu en Grec et simple N en latin classique. On note l’inversion du sens d’écriture entre l’Étrusque N, proche du Phénicien et le Latin, qui reprend le sens Grec.

Le serpent est un symbole de renouveau et de rajeunissement, lorsqu’il mue. Comme Montou pond un univers, la perspective que celui-ci soit un parmi plusieurs est à considérer. Dans ce cas Montou, que l’on invoque lorsqu’un mystère est sans réponse, est bien à l’origine de la notion de multivers. Le reptile est un ami proche des souverains de Haute-Egypte, en raison de sa fonction d’accompagnement des grandes divinités sous la forme de l’Uræus, ce cobra femelle qui orne les couronnes et protège celles et ceux qui les portent.
Enfin, l’autre serpent célèbre est le grand et terrible Apophis, lui-même une extension de Montou, puisqu’il est issu de Neith.
- Avant le commencement des temps
- Hêh, soutien de l’Univers
- Montou, furtif mais concret
- Neith, la mer de la parole.
- Thôt, Réfléchir, Penser, Conceptualiser.
- Séshat, Donne sa Main.
- Maàt la somme de toutes les consciences.
- Sur le même Thème
Neith, la mer de la parole.

Voilà une entité essentielle car sans elle rien n’est vivant.
Neith étant la mère de l’univers et des mots, on ne pourrait être surpris de sa polyvalence. Grande conseillère des femmes et garante de la sécurité de l’Égypte, Neith est présentée comme l’accoucheuse, la matrice dont provient Rà.
Elle est conceptuelle et conception. Elle affirme que l’expression orale est fondatrice de la culture et ainsi de la société. Elle jouxte Séshat afin que celle-ci immortalise sa parole.
Lors de l’établissement des premiers cultes Égyptiens, l’ornement coiffant Neith ne parle pas. C’est un scorpion d’eau symbolisé, non venimeux mais piquant et un peu douloureux, comme peuvent être les mots. Chose remarquable, le scorpion est présenté sur les fresques sous deux aspects, vertical ou horizontal.
Chez les Proto-Cananéens, ce signe était arrondi et composé de deux demi-cercles inversés et juxtaposés.
L’interprétation en fait une bouche et c’est sous ce terme qu’elle est connue chez les Phéniciens puis chez les Grecs.
Chez les Araméens et les Nabatéens, la forme est similaire de celle du Phénicien et le nom ne change pas.
Il semble que les deux graphies aient inspiré les lettres, le Pé des Phéniciens et dérivés est un demi-scorpion vertical, alors que l’horizontal inspire le Proto-Cananéen puis la forme en Grec Ionique.
Attardons-nous sur sa symbolique : sa lettre est pour nous le, passée par la forme Grecque Π, Pi qui ressemble à un portique et défini les rapports d’un cercle, représentation de l’univers dans bien des cultures antiques.

Neith étant la mère de l’univers et des mots, on ne pourrait être surpris de sa polyvalence. Grande conseillère des femmes et garante de la sécurité de l’Égypte, Neith est présentée comme l’accoucheuse, la matrice dont provient Rà. Elle est conceptuelle et conception. Elle affirme que l’expression orale est fondatrice de la culture et ainsi de la société.
Thôt, Réfléchir, Penser, Conceptualiser.

Thôt est l’imagination et la réflexion, les choses qui se passent dans la tête. Comme Séshat dont il est l’époux, c’est un concept incarné. Son domaine d’expertise, l’intellect, est l’objet principal de l’écriture. Il ne nait pas, il existe et rejoint Neith dès que le besoin s’en fait sentir, il crée les mathématiques et l’écriture. L’ordre d’apparition n’est pas mentionné et fait encore débat entre les matheux et les lettrés. Thôt est aussi le père de la médecine, de la musique et par voie de conséquence, de tout ce qui peut paraître magique à notre esprit !
Le « livre de Thôt », très convoité, recèle les secrets de l’immortalité.
La silhouette du concept incarné à tête d’ibis, évolue depuis la forme pleine vers une épuration progressive, elle ne change ensuite que par le sens de son tracé.
Son symbole est la tête en Proto-Cananéen, idem Rosh Phénicien, ainsi que Rèsh Araméen et Roh Nabatéen suivant les évolutions.
Les Grecs reprennent la forme Phénicienne et utilisent la graphie P ce qui a posé un problème du fait de sa ressemblance troublante avec le P, dont les classiques se sont affranchis en créant le Pi.
Les Etrusques suivent les Phéniciens en utilisant le R au risque là encore de confusions avec le P.
Ce sont les premiers Latins qui résoudre la question en ajoutant un trait descendant oblique, qui sera allongé par les classiques pour aboutir au R différencié du P.
Ce qui fait que la forme finale en Latin est celle qui ressemble le plus au symbole original de la tête au long bec du dieu de l’intelligence.

En se chargeant de ce qui est scientifique et mathématique, il inspire ce que l’Égypte imagine, découvre et réalise. Ses domaines secondaires sont la médecine, la cybernétique et la communication.
C’est lui qui fabrique la première perruque pour Geb lorsqu’il se brûle avec l’Uraeus, malencontreusement emprunté à Rà pour combattre Seth, en oubliant de lire les précautions d’usage.
Plus tard, il réparera Horus en lui concoctant un œil fait à moitié de chair, à moitié de métaux et à moitié de magie. Il sera assimilé par les Grecs qui en feront leur Hermès aux mille tours et au Mercure des Latins, une version un peu plus adulte.
- Avant le commencement des temps
- Hêh, soutien de l’Univers
- Montou, furtif mais concret
- Neith, la mer de la parole.
- Thôt, Réfléchir, Penser, Conceptualiser.
- Séshat, Donne sa Main.
- Maàt la somme de toutes les consciences.
- Sur le même Thème
Séshat, Donne sa Main.

L’activité la plus riche de sens pour les Égyptiens est l’écriture par tous les moyens et sur tous les supports. Il est logique qu’ils aient une divinité très spéciale pour cela.
La déesse Séshat est la parèdre de Thôt dieu de l’intelligence.
Elle est beaucoup plus que cela, car c’est l’instructrice des écritures et de leur conservation, ce qui implique qu’elle en certifie la véracité et l’exactitude.
Très intéressante dans l’absolu, Séshat est graphiquement passionnante car elle se caractérise par une main semi-ouverte dont on distingue les doigts.
La plupart du temps elle tient un outil d’écriture, un stylet, une plume, une tige de bois ou de métal.
Voilà une lettre qui a un parcours étrange : elle parait presque immuable et universelle tant elle se ressemble une fois arrivée dans chaque alphabet.
On pourrait croire qu’elle est effectivement la conception incarnée de l’écriture.
Depuis la main de la déesse Séshat jusqu’au Phénicien Yoth, l’idée est conservée, c’est la main ou le bras.
Le Yudh Araméen garde l’ébauche de la courbe haute. Une forme que le Nabatéen complète. Son propre Yudh ressemble à la graphie Egyptienne linéaire.
Pour les Grecs, l’évolution se fait via un choix d’orientation, car si le digamma est identique au Phénicien, la grande réforme aboutissant au Grec Moderne provoquera sa disparition. Nous retrouvons pourtant la forme Phénicienne chez les Étrusques F, que les Latins inverseront pour en faire leur F moderne.

Les architectes et constructeurs honorent Séshat d’une cérémonie de mesure et de pose d’un premier jalon, borne ou pierre à l’angle Nord-Est car tout monument Égyptien est une bibliothèque, à consulter sur place.
Sa main est devenue la lettre et non sa coiffe, une couronne comportant sept branches, une par mot créateur, entourée de cornes royales. Il faut reconnaitre que cela n’aurait pas été facile à écrire.

Toutefois, ce très puissant symbole ne s’est pas perdu, il agrémente les faîtes des obélisques décoratifs ou votifs, comme celui qui ornait le centre du Circus Maximus de Rome et que l’on peut admirer Place Saint Pierre du Vatican, toujours pourvu de cet hepta-gramme de la mystique Égyptienne.
Séshat est la divinité tutélaire des scribes : elle enregistre les événements concernant les divinités, les Pharaons et leurs sujets. Aujourd’hui protectrice du big data et inspiratrice de la blockchain, elle veille à ce que tout soit accessible, ni oublié ni modifié par des malotrus.
Maîtresse des bibliothèques, elle est garante de la qualité des écrits pour le monde des vivants comme pour celui des morts. Elle assiste à l’audition qui détermine si les défuntes et défunts sont dignes d’être accueillis dans le royaume d’Osiris.
Maàt la somme de toutes les consciences.

Mâat est figurée en diverses positions, assise ou accroupie avec des ailes étendues, debout avec les bras ouverts, toujours munie de son emblème, la plume d’autruche souple et droite si identifiable et à l’usage connu des vivants et des morts, car elle contrebalance le cœur des défunts lors de leur comparution au tribunal d’Osiris.
Décrite explicitement comme incréée dans les premiers écrits qui remonteraient à la seconde dynastie, vers – 2850 ans avant notre ère, Mâat est portée par des cultes populaires encore plus anciens, contemporains de la notion même d’organisation politique.
En hiéroglyphique, ce symbole va progressivement dériver depuis la plume d’autruche, sa symbolique en Haute Égypte vers la branche de papyrus s, transition ultérieure en Basse-Egypte.
Cette plante « qui appartient à Pharaon » a des usages variés et garde l’ensemble de ses valeurs d’équilibre et de justice. A-t-elle semblé plus opportune qu’une référence à l’autruche, un oiseau savoureux en déficit de popularité dans le Nord ?
C’est un transfert plutôt qu’une transition, le Proto-Cananéen et le Phénicien reprennent directement le dessin et la dénomination issus du hiéroglyphique linéaire. Idem pour les dérivées Orientales, l’Araméen Sàdhé et le nabatéen Sadhe très inspirés de la graphie Phénicienne.
Le Sade Proto-Cananéen donne le Tsade Phénicien, qui engendrera le Sigma Grec Archaïque, peu modifiée esthétiquement par le Grec Classique, le sigma signifiant la somme, ce qui est approprié.
L’Etrusque puis les différentes versions du Latin paraissent s’inspirer autant du Phénicien pour les courbes que du Grec pour la forme générale.

Mâat est la justification de la structuration de la société Égyptienne. Elle permet l’établissement d’une civilisation fonctionnant sur la répartition des tâches assurant, si l’on en croit la propagande Pharaonique, la prospérité générale sous la supervision du grand Roi immortel descendant des dieux, ou sa mère.
Elle incarne la nécessité d’unir le Royaume depuis une kyrielle d’Etats se combattant pendant de longues périodes de troubles et de scissions depuis la fin du Premier Empire Égyptien.
Elle est invoquée dans les procès que l’on soit accusé ou accusateur afin de démontrer que l’on se comporte en bon Égyptien, conscient des multiples vertus que Mâat enseigne et répand.

Elle est la figuration du désir d’harmonie, de l’écoute de toutes et tous et du respect de l’interdépendance sociale qui crée les rouages d’une communauté organisée.
Un petit bémol conduit à son délaissement progressif : à force d’être parfaite et intangible, elle bloque toute évolution personnelle.
Elle oblitère des notions difficiles, qui feront florès chez les Grecs et certains de leurs successeurs : l’individu, le libre arbitre et ses dérivés, l’ambition personnelle, la responsabilité acceptée, la créativité, la contestation.
Elle revient à la mode via sa lettre « Sigma », souvent auto-utilisée pour décrire des êtres multiples et « complets » qui par on ne sait quelle compréhension des choses s’attribuent un ensemble de valeurs que les Egyptiens identifiaient comme purement féminines. Un peu d’équilibre et beaucoup de patience !

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.