La première cartouche.
En retraçant l’évolution des lettres, nous avons reconstitué, un peu par surprise, celle de leurs significations. La disposition qui en ressort sur le manège équestre est identique à celle que nous connaissons, ce qui répond à la question originelle : qu’avons-nous sous les yeux ?
Les manèges et les stades équestres antiques dont le grand Circus Maximus de Rome ont la plus célèbre des formes culturelles connues, le cartouche.
C’est un rectangle aux bords arrondis dans lequel on grave ou peint des hiéroglyphes contenant les noms de ce qui est important, divin ou pharaonique.
Si les Egyptiens ont bien créé un cartouche équestre, ce que nous allons étudier maintenant, nous pourrons en déduire qu’il était d’une grande importance en tant qu’outil de formation. De plus, informés de leur goût immodéré pour la métaphore religieuse, nous devrions y retrouver des messages fondamentaux.
En appliquant au manège contemporain les signes Egyptien ancestraux correspondant aux lettres, nous obtenons un disposition instructive. Au point que l’on va regarder d’un peu plus près ce que les chevaux étaient pour les Pharaons et comment et pourquoi ils auraient crée cet outil de formation.

- La première cartouche.
- Gloire au Cheval Tardif.
- Même Pas en Zèbre.
- Vestiges à roulettes
- Héroïsme Consolateur.
- Sur le même thème
Gloire au Cheval Tardif.
C’est décevant pour celles et ceux qui en connaissent les immenses qualités, mais La triste réalité nous force à constater que le cheval n’est pas un dieu pour les Égyptiens.
Il n’existe pas dans leur Panthéon de divinité hybride à tête de cheval, ni d’âne, ni même de poney. Les chevaux sauvages ne peuplaient pas la Haute-Egypte à l’orée du récit mythique. Ils sont arrivés, domestiqués, bien plus tard, du nord, avec les « envahisseurs étrangers ».
L’histoire de la guerre équestre nous apprend que les Sumériens ont longtemps conservé plusieurs coups d’avance sur leurs adversaires. Chez eux, les pratiques de l’élevage, du dressage et de l’exploitation armée des équins remonteraient à – 4 700 ans.
Pendant ce temps-là en Egypte, les têtes à adorer s’inspiraient d’animaux familiers plus ou moins approchables, à commencer par les crocodiles, hippopotames, serpents, scarabées et scorpions.
Des bestioles intimidantes et dangereuses qui vivent le long du grand fleuve et dans les déserts.

Leur mythologie intégrera les grands félins, les faucons, les ibis et les babouins, sans oublier les girafes et les chacals. Des bêtes en cours de domestication et d’exploitation rempliront aussi leurs rôles : les ovins, les bovins et les caprins, voilà de bons modèles.
Pour être complets, n’oublions pas de mentionner les animaux qui tentèrent de domestiquer les humains : les puces et les rats qui échouèrent en partie, tandis que les chats réussirent de façon éclatante et pérenne.
Que l’on se rassure, le cheval devint en quelques foulées le chouchou des Égyptiens, à commencer par être celui des plus importants d’entre eux : les Pharaons.
- La première cartouche.
- Gloire au Cheval Tardif.
- Même Pas en Zèbre.
- Vestiges à roulettes
- Héroïsme Consolateur.
- Sur le même thème
Même Pas en Zèbre.
Non divinisé en Haute-Egypte, l’équin se rattrape en figurant copieusement sur certaines illustrations tombales parmi les plus connues. Depuis environ – 1540, il se pavane sur les fresques consacrées à la conquête de la Basse-Égypte lors du règne guerrier de Ahmôsis 1er.
Sa fonction n’est pas le travail de bât, c’est bien la guerre et il figure comme le plus utile et respecté des instruments vivant des batailles. Pharaon aime ses chevaux : il les commande sur son char et les tient à ses côtés pendant les célébrations et les actions religieuses.
L’illustration d’un Roi Divin, le réunificateur, l’un des plus importants de tous en tant que grand amateur d’équins, forme la charnière de l’histoire cavalière d’Égypte et révèle la principale explication de l’existence du manège antique et de son marquage si particulier.
Avant Ahmôsis 1er, les chevaux ne sont pas mentionnés mais pendant son règne et après lui, ils deviennent omniprésents dans tous les domaines importants de la vie de l’aristocratie d’Égyptienne.
Pourtant, il existe un espace de vie on ne peut plus sérieux dans lequel l’équidé n’intervient pas : la mort. Où sont leurs momies ?
Connaissant la tendance ancestrale des Égyptiens les plus riches à se faire ensevelir avec ce qui leur sera utile dans l’au-delà, on s’attend à trouver des équidés, momifiés, décharnés et vidés de leurs viscères, dans les grandes tombes. Il n’en est rien. (Jusqu’à présent car les fouilles continuent.)
Nous pourrions penser que les momies de chevaux ont disparu, ce qui ne serait pas surprenant, le pillage des riches sépultures royales, parfois à l’instigation de Pharaons désargentés, fut une façon de se transmettre des valeurs.
Heureusement, il se trouve que dans les tombes restées intactes l’aspect équestre se présente, en sus des peintures, sculptures et modèles réduits, sous la forme de chars, en kits.

Par la contemplation des fresques, nous savons que Ramsès II mène ses troupes depuis son char de combat, ou aime à le faire croire. Grand communiquant s’il en fut, il se montre capable de conduire ses chevaux sans les mains, les rênes passées autour de la taille. Dans la pratique, un Roi qui risquait sa vie se faisait accompagner par un aurige chargé de guider l’ensemble et d’intervenir en protection.
- La première cartouche.
- Gloire au Cheval Tardif.
- Même Pas en Zèbre.
- Vestiges à roulettes
- Héroïsme Consolateur.
- Sur le même thème
Vestiges à roulettes

À son tour, Toutankhamon, jeune Pharaon, pratique la chasse depuis son char, plutôt qu’à la monte. Depuis la légendaire mise au jour de sa tombe, nous admirons ses chars démontés, finement ouvragés et décorés, aux cou-leurs fraiches et aux essieux graissés, semblant prêts à reprendre la piste.
Ce qui suggère que le Pharaon, accepté dans l’au-delà et à peine arrivé, devait se consacrer à une période de re-montage. Allait-il trouver des chevaux à atteler chez Osiris ?
Ce n’est pas mentionné dans les récits ou traces graphiques connues à ce jour. Il n’y a pas d’allusion post-mortem, de représentation magnifiée et foin de momification d’équin. C’est maigre, le cheval était-il si peu estimé que les embaumeurs le dédaignaient ?
Au début des grandes dynasties, l’équin n’habite pas l’Égypte. Mille ans plus tard et considéré comme une arme efficace, il aurait pu faire partie du bagage de Pharaon pour le grand voyage, d’autant plus qu’il pouvait porter ou tirer ledit bagage.
Non, le petit cheval triste reste du mauvais côté de la mort, celle sans prolongement. Cela s’explique, très vrai-semblablement, par l’absence de mise à jour régulière du narratif mythologique !
L’au-delà est depuis le début de sa conception régi par des procédures complexes et figées. Les grands prêtres, ses garants terrestres, se refusent à céder aux modes, créer de nouveaux espaces d’accueil ou s’imposer un surcroît de travail. Les mythologies officielles adorent les traditions et ne sont pas réécrites en fonction d’ajustements sociétaux.
Pour oser une analogie contemporaine, il n’y a pas de voitures dans les visions admises du paradis, alors que beaucoup considèrent que certains Édens sont accessibles à moto, ce qui est vraisemblable et en bateau, de préférence des voiliers, ce qui est évident.
- La première cartouche.
- Gloire au Cheval Tardif.
- Même Pas en Zèbre.
- Vestiges à roulettes
- Héroïsme Consolateur.
- Sur le même thème
Héroïsme Consolateur.
Il n’y a pas de dieu cheval dans les mythes Égyptiens, ni chez les Méditerranéens. Cependant, l’équin reçoit le meilleur des lots de consolation : les héros les plus grands, pour devenir mémorables se doivent d’avoir des montures extraordinaires, des chevaux augmentés, magiques, dotés de super-pouvoirs.
Pégases, hippogriffes, cavales, créatures ailées ou crochues un tantinet cannibales, les destriers mythiques se présentent dès qu’un héros humain ou semi-divin entre-prend une quête ou participe à une confrontation entre dieux, lors d’un combat épique et flamboyant.
Les équins et apparentés sont merveilleux. Ils tirent le char du soleil , soulèvent les océans, consolent et encouragent les belles offrandes rescapées, soutiennent moralement les chevaliers fourbus.
Le mélange humain/cheval que l’on pourrait penser par-fait est toutefois mal coté. Si l’on excepte Chiron, fils de Chronos, sage et érudit mentor de nombreux héros. Médecin si efficace qu’Hadès maître des enfers, se plaint de disette, lorsque l’on croise des centaures, il faut faire attention, même si leur mauvaise réputation court plus vite qu’eux.

Le cheval inspire, pas assez toutefois pour en faire une divinité à durée indéterminée, ce qui ne retire rien à l’amour que lui portaient les anciens. En Haute-Egypte, l’absence avérée de momie de cheval rituellement préparée ne signifie pas le dédain, car un paramètre concret explique ce manque.
À cette lointaine époque, la durée de vie opérationnelle autrement dite guerrière de l’équin dépassait régulière-ment celle de l’humain, du fait de sa croissance rapide et de sa vitesse d’apprentissage.
Un bon cheval bien éduqué était donc d’une grande va-leur. On évitait par conséquent de le sacrifier si son maître changeait de monde. Le tuer sous prétexte de le faire vivre éternellement eut été notoirement contre-productif.
Les chevaux préparés pour la guerre se devaient aussi d’être interchangeables, ce qui limite l’attachement sentimental. Cette hypothèse est crédible pour ce qui con-cerne les auriges des premières armées cavalières des Pharaons : leur application première était la pratique du char.
En période d’organisation militaire, l’ambiance était donc peu propice au développement de liens affectif entre les vecteurs de propulsion et leurs utilisateurs.
Toutefois, le cheval est resté la monture des guerriers et n’a pas été attelé en Egypte Pharaonique en tant qu’animal de bât. Pour cela il y avait des ânes et des bœufs.

Pour les dromadaires, il faudra attendre vers – 400 avant que leur usage se généralise. En matière de transports il faut garder en mémoire que l’Egypte est avant tout un pays fluvial et maritime.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.