Alphabets, 4500 ans en huit étapes.

Ce n’est pas la seule solution d’écriture, ce n’est pas non plus la plus ancienne ni même la plus utilisée.
Mais elle autorise une souplesse d’expression à nulle autre pareille et s’impose d’autant plus qu’une langue se dote de nouveaux mots.

Une simple question de flux ?

Ce n’est pas la seule solution d’écriture, ce n’est pas non plus la plus ancienne ni même la plus utilisée.
Mais elle autorise une souplesse d’expression à nulle autre pareille et s’impose d’autant plus qu’une langue se dote de nouveaux mots.
Une communication est un simple échange de données entre deux entités comprenant et utilisant le même support.
Le support peut être sonore ou optique, cela importe moins que sa capacité à, dans un temps donné, autoriser le plus grand nombre possible de transmissions, réussies.
Ce qui nous amène à considérer la notion de débit. Elle n’est pas difficile à mesurer : c’est la taille du vecteur multiplié par la pression, tout au moins pour la robinetterie.
Pourtant, si l’on demande à deux machines d’entamer une communication efficace, elles vont passer des langages « naturels » aux échanges binaires.
Oui et non, 0 ou 1 suffit largement à se faire comprendre et à créer des échanges riches de sens. Il faut et il suffit de placer de nombreux 0 et/ou 1 dans un temps très court. Mais actuellement, l’être humain, s’il est capable de communiquer par oui ou non, avec des gestes ou des fanions, n’est pas très doué pour la vitesse.

Le désir de finesse.

Il lui faut donc palier ce problème s’il veut que le débit soit suffisant. Le problème est réel à l’écrit et nettement moins grave à l’oral : si l’on communique en parlant, le débit maximal est rapidement atteint avec les mots, et si l’on veut l’augmenter, il faut impérativement compléter le premier mode d’expression par un autre, qui sera au choix ; une gestuelle explicite, des sons non vocaux, le recours à des accessoires variés.
Par contre, si l’on se contente du canal optique, les modes utiles seront bien sûr purement visuels, ce qui leur donne malgré tout une grande versatilité.
On observera d’ailleurs que pour une même quantité d’informations transmises, la question du débit se pose tout autant.
Par exemple, pour un évènement donné, le choix peut se poser entre la création d’un tableau monumental et l’écriture d’un roman historique.
Le tableau sera effectivement porteur d’une quantité d’informations restreinte par rapport au livre, mais il saura sans doute mieux émouvoir, alors que l’écrit permettra des digressions, des annotations et des précisions redoutablement efficaces.
Bien sûr, cette comparaison n’est pas systématique, si l’on prend par exemple un tableau monochrome du genre International Klein Blue, la quantité d’informations portée par l’œuvre picturale pourra sembler de prime abord faible si on la met en regard des articles ou ouvrage consacrés à la description de ce même tableau.
Mais, si l’émotion prime sur le discours, alors, la contemplation du tableau sera infiniment plus gratifiante et source d’un nombre incalculable de dissertations écrites sur ce qui a été ressenti.

Le goût pour la quantité.

Nos ancêtres de partout se sont donc à un moment donné, pas toujours le même en fonction du climat et de la géographie, posé la question de la transmission de ce qu’elles et ils vivaient.
Une longue période de transition a existé entre les débuts du marquage physique et la mise au point de solutions pérennes d’expression graphiques que nous considérons comme étant des écritures.
Nous pouvons remarquer que nous vivons une période similaire depuis quelques décennies grâce, ou à cause, de notre nouveau besoin de communication, non plus entre êtres humains, mais entre machines et êtres humains et machines.
L’informatisation a généré des langages, des méthodes, des comportements et tout un ensemble de nouveautés enrichissant notre panel de moyens d’expression.
Il existe toutefois des différences majeures entre la formation de l’écriture et celle de l’interaction informatique : le temps de développement est nettement amélioré : nous considérons des solutions d’interactions humains-machines depuis à peu près un siècle alors qu’il aura sans doute fallu plusieurs centaines de milliers ‘années à nos prédécesseurs pour arriver à plus ou moins communiquer par l’écrit.
Seconde différence, importante, le mode moderne est assez universaliste dans sa conception : du fait de la concentration des pouvoirs de décisions entre quelques entreprises, mais aussi, si l’on est de nature optimiste, du fait de la tendance à la mondialisation positive des échanges, un ordinateur utilisé un peu partout sur la Planète sera, à peu de chose près utilisable similaire à n’importe quelle autre machine de même classe d’usage.

La base de l’échange ?

On pourrait aussi dire que l’informatique étant un outil né des mathématiques et prioritairement destiné à des usages scientifiques, la production d’armes en particulier, elle a bénéficié de la traditionnelle ouverture et partage des concepts de bases en vigueur au moment de sa naissance, soit à peu près celle de la terreur atomique. (Là ce n’est pas l’optimisme qui s’exprime.)
Quoiqu’il en soit, il aura fallu plusieurs décennies pour que l’informatique, fille spirituelle de l’écriture, ne devienne une boîte à outils méritante pour l’expression artistique, voire culturelle.
Ce qui est exactement l’inverse pour l’écriture manuelle, qui fut directement conçue comme le moyen le plus efficace pour projeter des expériences humaines et par tant des embryons de cultures complétant, par transposition, le mode d’expression longtemps privilégié : le dessin.
On ne peut qu’être fasciné par l’analogie existante entre les grands modes d’expression, en ceci que leurs histoires sont, très directement celles de la tentative permanente d’augmenter leur débit, par la miniaturisation de leur vecteurs pratiques.
Pour l’écrit, cela se manifeste par la réduction drastique de la taille des supports, nous passons des parois de cavernes aux murs des tombes, puis aux papyrus, aux parchemins et aux papiers, en utilisant, pour exprimer la même chose, des symboles plus petits, moins détaillés et arrangés suivant des procédés de plus en plus complexes, garant de l’augmentation vertigineuse de notre appétence pour la précision.
En informatique, l’explosion des débits, qui assouvie une nouvelle fois notre soif inextinguible de détails s’obtient par la miniaturisation, non pas des singe de base, 0 ou 1, mais par celle des circuits électroniques qui nous font passer, depuis la micro électronique à la nano électronique à l’ère de « l’intelligence artificielle », ou plutôt à celle de la mise à disposition en temps réel de masses d’informations considérables que la puissance de calcul acquise nous permet de traiter avec les mêmes algorithmes, dix, cent mille, un million de fois plus vite, en attendant mieux.
Le plus drôle est que nos outils de réception n’ont pas vraiment évolué depuis le début de notre quête pour la communication : il s’agit essentiellement de nos sens réceptifs, l’ouïe, la vue et le toucher, l’odorat et le goût étant assez peu sollicités.
Et nous comprenons alors que nous aurons beau augmenter exponentiellement le nombre d’admission d’informations, le problème de fond restera que le récepteur ne saura pas toujours comment traiter, faute d’une évolution similaire dans ses performances.

Alphabets, 4500 ans en huit étapes.